28.10.2007
L'ecolo-approximation. Ou comment glander plus pour se faire chier moins.
Je suis un militant. Concerné par les problèmes de ce monde. Al-Gore, à côté de moi, c'est un petit-bourgeois engoncé dans ses principes consuméristes et incapable de remettre en question son petit confort pour sauver la planète. Alors que moi, si.
La preuve, regarde: je me suis inscrit auprès d'une association de consommation alternative. C'est pas vraiment une AMAP, mais bon, c'est pas loin, quand même. Tu t'inscris et tu choisi des "paniers" (bon, en vrai c'est des cagettes. Vertes. En plastique. ...Bon, allez, disons des paniers. ) Tu choisis tes "paniers" donc. Tu paies à l'avance, tu leur files 20% pour la gestion de l'asso, et eux, ils t'amènent ta cagette en plastique, ton panier dans leur p'tit camion, et hop! Tu récupères, tu payes ton avance, les paniers plastique, le camion, et ça continue comme ça très bien.
On ne soulignera jamais assez à quel point le seul moteur possible pour faire changer les choses n'est pas la politique.
Ben si, regarde, en l'occurence, outre le fait que je sois un dangereux révolutionnaire, un sanguinaire, un fou furieux du gauchisme de salon qui ne regarde que moi, qu'est ce qui m'attire vers ce genre d'expérience? hmm?
Et ben oui, comme toi, la flemme. L'agriculture raisonnée, très bien. Mais bon. honnêtement, l'asso, là, elle ferait appel à des mecs qui raisonnent pas, je suis même pas sûr que je verrai la différence. Et combien d'adhérents à ce genre d'asso, sont des militants de la dernière mode? combien s'agriculturebiologisent juste parce que c'est pratique. Pas besoin d'aller au marché le matin, avec tous ces bouseux qui te hurlent "ALLEZ-C'EST-PAS-CHER-MA-TITE-DAME-DOUZE-EUROS-POUR- LE-PRIX-D'UN". Alors que le dimanche matin, t'es comme tout le monde, tu préfères être au chaud chez toi, prendre un bain, laisser couler l'eau chaude, et remettre s'il le faut ton cumulus électrique nucléaire en route pour prolonger le plaisir.... Mais tes légumes sont raisonnés.
Combien parmi nous, allez, combien, s'emmerderaient la vie avec des AMAP et autres coopératives si c'était moins pratique que l'hypermarché du coin, ou l'arabe du carrefour?
On est blindés, question bonnes excuses. On a la décomplexion à la mode, alors militons, camarades, pour la flemme décomplexée! Regarde bien: le service de livraisons à domicile. Hyper écolo, ça! Ben si! Dans la camionnette qui bouche la rue en bas de chez toi, le temps de t'apporter tes courses dans ton salon, eh beh y'a les courses de combien de foyers? Combien ça fait en économies de carburants tous ces cons qui n'iront pas à carrechan pour acheter leur trois pots de rillettes et leur demi-camembert?
Soyons révolutionnaires à bon compte et devenons tous de fervents défenseurs de ce qui nous arrange. Les arguments viennent toujours à qui les veut vraiment.
Moi, mon assoce, là. Ils sont super sympa. ET pi politiquement, ils sont béton. Ils ont des belles affiches qui se déclinent en cartes postales publicitaires qui disent des trucs genre "cette fraise roule au pétrole", Cet ananas prend l'avion, ce poireau n'aime pas le travail, ce litchi a refusé son test ADN... tout ça, quoi.
Et ben tu sais quoi? Tout ce petit matériel, il est édité en *papier glacé*.
Quand je te disais que j'étais un extrémiste.
13:20 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : AMAP, agriculture, politique, alter
18.10.2007
Ca aura au moins servi à ça.
Dans la vie, la culture, c'est important.
Si.
Et dans la culture, y'a encore du nivellement.
Et dans le nivellement, souvent, vaut mieux être en haut qu'en bas.
Et dans la culture,
dans le nivellement,
en haut,
t'as le Théââtre.
C'est comme ça.
On peut pas dire c'est bien, c'est mal, on constate, c'est comme ça, dans un diner entre amis de la haute, tu feras meilleure impression en disant que hier je suis été à le Théââtre, plutôt que ah ben tiens demain, je vais au putes, ça me changera du stade.
Bon. C'est une sorte de code culturel, si tu veux.
Eh ben, moi, je suis été à le théââtre... et p'tête que j'aurais mieux fait d'aller à le pute.
Ou au café.
Ou même au stade, tiens, si ça se trouve.
Je t'espique le pitch:
Sur la scène t'as un drap blanc qui recouvre tout. Le sol, les murs, des trucs genre caisses posés entre le sol et le drap. La pièce commence par un génrique projeté sur le drap tendu (enfin, tendu, tendu, pas tendu-tendu, tu vois, un peu plus pendu, en fait. Comme quoi, parfois, les cons sonnent.) A la base pas une mauvaise idée, le coup du générique. Si, ça fait un peu truc contemporain, tout ça, bon c'est les premières minutes aussi, t'es encore maléable. Et puis les comédiens entrent. En faisant la gueule comme il se doit.
C'est très important, ça dans le théââtre contemporain, l'expression sur le visage des acteurs doit te prévenir de l'ambiance qui va suivre.
En l'occurence, on était donc parti pour une bonne tranche de poilade...
Je te passe les détails des comédiens, qui ont, somme toute, mérité leur titre pendant cette soirée.
Le plus digne d'intérêt dans cette merdmorable soirée, c'était plutôt le texte. Pardon, le Texte.
Un texte romantique et désespéré sur la difficulté d'aimer et d'être aimer. Poignant. Où les personnages se rendent compte qu'aimer quelqu'un ça implique l'existence de quelqu'un et que le quelqu'un c'est pas moi. Enfin, c'est pas lui. Pas soi, quoi. Oui, bon, ben te fais pas plus con, j'essaye de t'expliquer. Déjà que c'est un truc d'intello, à la base. Ah si, regarde bien: J'aimerais tellement aimer, mais je ne fais rien qu'à tomber sur des gens qui existent... c'est dur. Non? bon.
Je me sens si seule dans ce monde pourri où c'que tout le monde il est nul. Houououou c'que c'est moche! Et les gens en plus, et ben y sont jamais pil-poil comme j'aurais besoin qu'ils soyent pour que je m'aille mieux.
hein? bien, non?
Tu veux que je te dise, le plus dur?
L'absence de sortie de secours. Obligé de passer sur la scène pour se barrer. (oui, elle était en contre-bas de la salle, en fait) Du coup, ben t'attends la fin, qu'est ce que tu veux que j'te dise?
Le procédé de mise en scène consistait à avoir affublé les acteurs de vêtements munis de boutons pression les rendant démontables. Du coup ça fait un peu long strip-tease. C'est le seul truc marrant.
Eh ben, y'en a un, il avait une p'tite bite.
Voila.
Non, mais c'est important, la culture,j'te dis.
Ca rend moins con.
19:40 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13.10.2006
Amis de la poesie, bonjour...
Depuis que France Inter est devenue la radio la plus politiquement correcte du PAF, depuis qu’elle a trouvé comme seul sommet possible de l’impertinence Guy Carlier, qui vient de passer une saison chez Fogiel à cirer plus de pompes qu’il n’est humainement possible à un cireur de Bombay durant les dix ans passés alors que sa seule subsistance en dépend, et qui n’a d’autre source d’inspiration lorsqu’il décide de faire dans l’anticapitalisme que de cogner sur J-Marc Sylvestre, journaliste dans la même station que lui, et qui, malgrès un positionnement politique des plus irritant n’est quand même pas non plus ce qu’on a fait de plus intouchable… (quelle impertinence donc, d’aller fustiger le grand capital par l’intermédiaire d’un J-Marc Sylvestre qui ne peut même pas lui répondre !), depuis que la fréquence hertzienne de cette radio s’est donc confondue avec celle de RTL, la valise en moins, depuis cette consciencieuse préparation de la chaîne nationale à l’élection prochaine, pour être sûre d’être –quoi qu’il arrive – du bon côté du manche, depuis tout ça, donc, as tu remarqué comme la programmation musicale s’en est ressentie ?
Non, hein, t’es comme moi de toutes façons, ta radio est réglée dessus par habitude, mais t’écoute plus. Et bien, laisse moi te démontrer à quelle point ladite station tente quand même de nous faire passer un vrai message humanitaire, social, politique, à travers sa prog musicale. Si-si.
Je t’espique : t’as remarqué que tu ne peux ja-mais mettre en route cette putain de radio sans entendre marmonner Vincent Delerm sur une quelconque mélodie vaguement insulaire ? Bon.
Eh ben c’est pas ce que tu crois.
Moi aussi, figure-toi je me suis laissé aller à la répulsion qu’induit immédiatement la première écoute de cet étron culturel. Moi aussi, je m’ai dit à la première minute que c’était bien la peine de s’être foutu de la gueule des 2be3 parce que leurs chansons étaient idiotes si c’est pour en faire des largement aussi con, tout en ne sachant ni danser, ni chanter, et tout en étant quand même nettement moins sexy, hein, faut reconnaître que bon, entre Vincent et Philip, y’en a un des deux tu lui demandes pas de chanter parce que... c’est pas ce que tu lui demandes… et l’autre c’est juste parce que t’as pas envie de l’entendre chanter.
Bref .
Tout ça donc, c’est de la médisance…
Jettons un coup d’œil plus attentionné à ce chef d’œuvre de littérature engagée qu’est :
SOUS LES AVALANCHES.
Sur ta peau les bleus et les brûlures / Sur ton menton les trois points de suture / La cicatrice en haut de ton bras /J’t’aimerais moins si tu les avais pas.
D’entrée de jeu, j’ai envie d’dire, Vincent chapeau bas. Vincent n’y va pas par quatre chemin, Vincent attaque, Vincent prend position. Oui, Vincent a bien connu Marie Trintignant. Et oui, Vincent a été l’amant caché de Marie pendant que celle-ci vivait sa passion avec le beau Bertrand. Du coup Vincent décide aujourd’hui de briser le tabou, et ça, faire une chanson sur la violence conjugale, quand on est un mec, ça c’est du courage. (un peu comme Carlier, tiens.)
Sous les avalanches, / T’es pas étanche / Dans cet igloo / Tu t’cognes partout / T’as pas la dégaine / D’miss Aquitaine / T’as pas l’cerveau / D’la dame avec un chapeau.
Seulement voilà, Vincent ne peux pas continuer de parler de Marie plus longtemps, ça l’émeut trop. Alors, n’écoutant que son courage, il décide de ne pas lâcher l’affaire et de parler d’une autre femme maltraitée et de lui rendre hommage. Bon, sous les avalanches, j’imagine que c’est à cause des coups, sinon, je vois pas le rapport. Vincent reste énigmatique sur la personne à qui s’adresse réellement sa chanson, mais on peut déjà identifier que ses références se situent plus ou moins dans le monde des têtes couronnées, des responsables politiques, peut-être, en tout cas, du gratin, puisqu’il indique tout de suite son admiration pour Elisabeth II, souveraine du Royaume Uni, « la dame avec un chapeau », on reconnaît bien là le côté très british de Vincent et son profond respect pour « the lady ». Il indique aussi que la scène ne se passe pas en Aquitaine, ce qui écarte plutôt les grosses blondes laiteuses de normandie.
Tu f’ras pas d’publicité shampoing / Pour trois millions parce que tu les vaux bien voilà, c’est donc bien ce que je disais. / Tu s’ras pas ambassadrice coco / D’un vieux parfum pour les futures vieilles peaux.
Et on retrouve Vincent le Rebelle, Vincent qu’a pas peur, Vincent tout flamme, Vincent qui n’hésite pas à égratigner au passage l’image de Chanel, dans une griffe réservée aux connaisseurs, puisque « Coco » est bien davantage identifié dans le grand public comme le surnom donné à Jospin par Fabius depuis la révélation de son passé trotskiste, que comme le nom d’un des parfums le plus célèbre de chez Chanel. Enfin bon, on est enculturé ou on l’est pas.
Mais sous les avalanches, / T’es pas étanche / Sur cette banquise / Une tour de pise / T’as pas l’ventre plat / D’miss Albigeois / T’as pas l’cerveau / D’la dame avec un chapeau.
A sa place, je crois que j’aurai été tenté de faire rimer avalanches avec penche, du fait de la proximité de la tour de pise, mais bon. Sans doute une facilité que Vincent déjoue sans même y penser. Tu remarqueras au passage, quand même, la délicatesse de Vincent pour souligner les quelques disgrâces dans la silhouette de la dame en question.
L’enquête progresse, on cherche donc une grosse plutôt brune, avec une jambe plus courte que l’autre et plus conne que la reine d’Angleterre. Poursuivons :
Il y aura encore deux trois arêtes / Des auto tamponneuses dans ta tête
Quelqu’un qui ne crache pas non plus sur la picole, apparemment. En tout cas une habituée des lendemains difficiles. On pourra penser à Véronique Sanson, mais Delerm est trop gentil pour tacler une femme qui va mal à ce point. Et puis, il faudrait qu’il ait un minimum de goût musical et d’oreille pour connaître Véronique Sanson, ce qui est – dieu merci - absolument hors de question.
Des épines des ronces et des orties / Il y aura encore un peu la vie
Ah, là Vincent nous révèle une part intime de la personne mystère, un peu de sa vie sexuelle en quelques sortes ; elle aime donc les aventures rapides et sans lendemain au point de se rouler dans le moindre bout de jardin dès qu’elle en a l’occasion. Soit cette femme est poursuivie de paparazzi, soit elle ne doit absolument pas être vue en compagnie de ses amants. Elle doit avoir un mari ou un papa influent.
Sous les avalanches, / T’es pas étanche / Dans c’bac à glace / Tu cherches une place /
la chanson serait plus récente, je penserais à un hommage aux bébés de Corée, surtout au troisième, qui a dû se tasser à mort dans le congélateur pour trouver une place et puis finalement aller ailleurs. Mais, d’abord ce serait d’un extrème mauvais gout, et ce n’est pas DU TOUT le style de la maison, et puis la chanson était sortie bien avant, alors ça vaut pas, et puis le petit Vincent est bien trop bien élevé pour avoir quoi que ce soit à voir avec cette sordide affaire.
T’as pas trop les g’nous / De miss Anjou / T’as pas l’cerveau / D’la dame avec un chapeau / T’as pas la dégaine / D’miss aquitaine / Pas l’ventre plat / De miss Albigeois / T’as pas les fesses / D’miss Pays d’Bresse / T’as pas l’cerveau / D’la dame avec un chapeau.
Nom de Dieu.
Cher lecteur, mon ami, mon frère, mon camarade, l’heure est grave, accroche toi à ta chaise, éteins la lumière et serre les fesses. Je viens de comprendre. Le message de Vincent est de la plus haute importance. J’avais négligé un détail qui pourtant est là, tout au long de ce magnifique texte digne d’un « J’accuse ». L’Anjou, l’Aquitaine, L’Albigeois, Le Pays de Bresse, L’Angleterre, L’Italie, le Groenland, même (quoi ?…ben si, les igloos !) Tout converge vers une seule et même piste, et là c’est du lourd, c’est de l’info de chez Tintin Reporter, et on dit merci Vincent. Regarde :
Une grosse moche, de guinguois, qui voyage beaucoup, plutot brune, sexuellement un peu hyperactive, mais qui a quand même pas trop la mégaclasse d’Elisabeth II et qui doit se planquer d'un mari violent et très en vue.
Oui.
Tu y es aussi.
C’est énorme : Nicolas Sarkozy bat Cécilia. Il la cogne, mais Vincent (oublie ce que je t’ai dit sur Marie Trintignant c’était des conneries) l’aime telle qu’elle est. Il l’aime même avec les - et peut-être grâce aux- traces de coups qu’elle porte.
Vincent fait d'une pierre deux coups (si je puis me faire mettre permettre) il dénonce la violence et revendique publiquement son orientation fétichiste.
Heureusement qu’il y a des artistes engagés comme lui, qui n’ont pas peur de parler.
Car la sexualité est le lieu premier des tentations normatives.
Et la violence conjugale tue, en France, 8 femmes par mois.
Merci Vincent.
20:50 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
11.12.2005
Le retour de la suite de la Vengeance II
Bon alors, si je peux terminer mon histoire sans être pour une fois (assez grossièrement, d?'ailleurs) interrompu par moi-même, j'aimerais revenir à ce que je t'exposais ici la dernière fois.
J'en étais donc à te dire que putain oh lala lala, y'a des fois, hein, quand même. Passe encore le premier bridge, donc, la première clope taxée en vouvoiement, passe encore le premier cheveu blanc, et même la traîtresse de voisine que tu gardais quand elle était môme et qui trouve malin d'être maintenant à la fac, et qui habite toute seule dans un studio au lieu de rester dans sa chambre d'enfant chez ses parents! Passe encore tout ça, donc, je disais
Oui ce n'est rien. Du tout. Même pas mal. Aucun soucis. A côté de ce qui m'est arrivé aujourd'hui. (bon, pas vraiment aujourd'hui puisque c'était l'autre jour, mais t'occupe pas c'est pour écrire.)
Aujourd'hui je suis allé m'acheter un shampoing.Oui je sais, je t'ai déjà fait le coup du shampoux anti poings, mais là c'est *plus grave*...
Depuis quelques temps je remarque (avec horreur) que quand je passe ma main dans mes cheveux soyeux, arf... il m'en reste plein dans les doigts. Je ne puis me résoudre à me dégarnir déjà. C'est trop tôt. Beaucoup trop tôt. J'ai pas vu l'heure passer, il est déjà vingt-neuf ans et 2 semaines.
Je savais pas, j'me suis pas préparé. J'avais pas vu j'te jure, je croyais que la voisine était encore au primaire et que y'avait que mon chat qui avait des poils blancs. Parce que c'est de naissance. J'attendais encore à la sortie de l'école qu'elle vienne m'embrasser, mon amoureuse. Me dire à demain. Et mon ptit coeur s'emballe encore de l'effleurement de ces lèvres là sur mon visage. Moi j'étais contemplatif, secret. Amoureux transi, un peu. Et puis quoi ? Après, c'est toujours un peu la même chose, on se cache et on attend et on rêve, ou alors on sort du bois et on brise le rêve. On négocie, on se conforme. On fait plaisir. Dans le meilleur des cas. Au pire, on se fait envoyer rêver plus loin.
Moi je croyais que j'allais encore courrir à la poursuite des dragons, avec ma cape de Zorro, et mon masque. Mon épée en plastique aurait pourfendu longtemps la misère du pauvre monde.
Il a ,quoi ?, quatre ans... Ma cape lui va à ravir. Et mon épée, bien que la garde en soit un peu branlante, se révèle encore efficace pour affronter les méchants. Et je le regarde jouer dans mon costume, chez mes parents attendris. Il ne voit pas et eux non plus, que son enfance vole la nôtre. Que sa gaîté est amère et que ses jeux me laissent un arrière goût dans la bouche de temps passé, perdu. Il est le roi de ses jeux, il est beau, il invente, il est drôle. Regarde, il est déjà 29 ans et deux semaines, et tu n'es déjà plus Zorro.
Et tes cheveux te restent dans les mains.
J'ai donc acheté mon premier shampoing anti-chutes... Je comptais en faire un truc drôle, et puis finalement, au fond du chapeau de Zorro y'avait pas de cheveux, alors...
En rentrant chez moi, j'ai regardé mes mails, et j'ai trouvé un lien vers la nouvelle chanson de Renaud pour Ingrid Bettancourt. Renaud dans cette chanson, outre le soutien qu'il veut apporter à une femme victime d'enlèvement, regroupe en un seul mouvement et sans plus de nuances Che Guevara, l'armée du crime, Staline, et les narco trafiquants. Mon Renaud à moi, il chantait « société tu m'auras pas » et « Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ». Il chantait aussi « Son bleu » et même «Manhattan-Kaboul » ... mais dans l'art de renvoyer les aberrations dos à dos, s'il est des paroles nécessaires (« les armes, les patries, les drapeaux ,les nations, f'ront toujours de nous de la chair à canon. ») il en est d'autres qui témoignent plus d'un revirement politique personnel que d'une analyse vraiment pertinente des symboles révolutionnaires. Bref.
Il est déjà 29 ans et deux semaines et Renaud ne me console plus quant à la possibilité de résister à la connerie avec le temps. J'ai écouté son mail et j'ai eu comme une envie de pleurer. De rage. Et de solitude.
J'ai épousseté les cheveux qui jonchaient le clavier blanc de mon Ibook, j'ai fumé une clope, et je me suis dit qu'il était déjà 29 ans et deux semaines bien tassées et qu'à mon âge je devrais déjà être couché.
23:35 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.12.2005
On a beau se dire qu’on a une tronche de vieil ado, à 29 ans, quand même ça fait mal.
Je te passe sur le premier cheveu blanc, ça, c’est fait depuis longtemps. Il est enterré sur une plage du côté de Montpellier. Paix à son âme de putain de ptit con de cheveux blanc.
Je te passe aussi sur le premier bridge, la première dent dévitalisée, arrachée et remplacée par une fausse, maintenant que les dentistes ne prennent plus les soins CMU, on dirait que ça leur libère du temps pour mieux s’occuper de *nous*, les riches. (Entends bien par riches tous ceux qui ont plus de 425 euros par mois pour vivre, payer leur loyer, les croquettes du chat et l’abonnement transports en commun.) Le premier bridge qui te range inévitablement au rang de ceux qui n’ont plus toutes leurs vraies dents et ça, c’est un truc irrémédiable. Un sale coup de vieux. Un peu comme quand pour la première fois une espèce de ptit trouduc d’ado d’à peine douze ans de moins que toi, s’approche tout clinquetant (cherche pas ça existe pas comme mot) de ses piercings divers et variés: (tiens, c’est joli, ça, fais voir, t’en as d’autres ailleurs ?… ahem. Oui, bon. Excuse-moi, je m’égare.) Une espèce de ptit salopard de sa mère disais-je, vient te voir pour te taxer une clope :
« woh, s’cuse-moi, tavu, t’aurai pas une clope tavu, s’teuplé ? T’sais. Tavu, kk, Tak… »
Jusque là, t’es habitué, tu connais ton affaire, tu balbutie un vague « ah, ben non, là non, désolé, hein, c’est con, je viens de finir ma dernière » (et sinon, comment tu t’app… euh non, merde, je m’égare à nouveau…)… bon. Mais là. Là c’est AUTRE CHOSE. Le ptit rejeton de saloperie fiévreuse t’agresse :
« Euh, pardon Monsieur, excusez-moi, vous auriez pas une cigarette par hasard ? Tak Tavu.
- … »
OUI, ce sale petit ramassis de truc qui traînent et qui font pas propre surtout comparés à une personne humaine t’as VOUVOYE!!! Tu te retournes, pour vérifier qu’il ne s’adresse pas à l’octogénaire que tu viens de dépasser mais là tu t’aperçois que ce dernier vient de te re-doubler, juché sur une trottinette rose fluo avec des toutes petites roues jaunes. Et vertes. Son jogging Nike flotte déjà loin à l’horizon. Pas de doutes possible, c’est donc bien à toi que la raclure de fond de bidet s’adresse. Sur le coup t’es tellement scié que tu va presque lui donner, sa clope à cet apprenti connard.
Mais là, le Dieu de la Verve (oui oui, avec un V, et je ne ferai même pas remarquer que comme mot ça ressemble vachement à verge, quand-même) intervient et vole et à ton secours et tu te reprends et tu lui chuchote doucement dans sa ptite oreille de nourrisson, afin de couvrir le bruit de tout éventuel avion qui survolerait la zone et te rendrait inaudible :
« UNE CLOPE ???!!! Mais dis-donc t’es pas un peu jeune pour fumer, toi ? »
Ah ah ah et tu savoures ta vengeance.
Trois millisecondes.
Le temps qu’il faut pour s’apercevoir que tu viens juste d’entrer dans la pire des catégories du monde. Toi qui a fustigé, des années durant, le manque de reconnaissance de libre arbitre fait à la jeunesse, toi qui te targue de libertarisme fier et revendiqué, qui essaye de lutter contre tout rapport de domination, fut-il d’un adulte sur un enfant, ou un ado, même très con, toi, oui toi, tu viens juste de faire *LE* pas, volontairement. Et quasi en pleine conscience.
Tu viens d’entrer de plein pied dans la catégorie « vieux-con »
A l’instant-même.
Et encore, à ce même propos, c’est même pas ça qui m’occupait aujourd’hui. C’est pour te dire.
Mais là, il m’a énervé, ce jeune sauvageon.
Du coup ça sera pour la prochaine fois. Mais imagine, c’est même pire que ça, comme coup de vieux… t’imagines ?
18:55 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
09.11.2005
Retour d'assises
Le vieux bonhomme se tient derrière une vitre.
Il avoue du bout des lèvres qu'il est saisi de remords. En face de lui, séparées de lui par une salle d'audience se tiennent trois jeunes femmes. Elles ont entre 28 et 30 ans. Il y a 17 ans, alors qu'il était de leurs intimes, des intimes de leurs parents, une sorte de père suppléant, pour certaines d'entre elles, il y a 17 ans, leur vie a changé. Du tout au tout. Leurs corps de fille, d'enfant, ont connu ses mains. Ses mains qui cajolent, qui embrassent et qui glissent. Qui dérapent. Qui s'immiscent. Qui s'introduisent.
L'étouffante découverte pour les jeunes filles les a brûlées. Elles y ont perdu une part d'elle-même. Leur vie. Leur enfance. Ce qu'un autre aurait dû patiemment les amener à découvrir, plus tard, était déjà envolé. Cette part d'elle-même qui aurait dû se révéler au contact de celui ou celle qu'elles auraient choisi pour ça était déjà, avant même qu'elles en connaissent l'existence, saccagé.
Défilent les parents, ex-épouses, experts, gendarmes. Et chaque fois, re-raconter. N'avoir pas assez de souffle pour finir ses phrases, noyées dans les larmes. Les jambes qui tremblent. La confiance et la peur envers le président. Homme qui préside, qui pose les questions, qui va rendre le jugement. Est-il vraiment du bon côté ? C'est un homme, c'est un adulte. C'est pas un bon départ.
Et le vieux bonhomme, derrière sa vitre de verre, qui finit au bout de deux jours par effriter sa forteresse : «Je vous ai fait du mal et je vous en demande pardon, du fond du coeur, sincèrement». En larmes lui aussi. Le vieux bonhomme pathétique. Malade, incontinent, impuissant, invalide. Lui et sa vie d'apparat,d'apparence, de brillances. Show-off. Séducteur, coureur, dragueur. Mal aimé, brisé, violé. Grandi dans la plus grande des confusions. Pas de places. Pas de repères. Pas de distinctions. Tout vaut tout qui est dans tout.
Aujourd'hui derrière sa vitre. Comprend pas tout. Comprend quand même que ce n'était pas sa place. Qu'à 46 ans, amoureux d'une fillette de 12 ans, ça n'existe pas.
Comprend enfin qu'elles ne sont pas coupables. Comprend enfin qu'il a détruit, incendié, ravagé.
Et il le dit.
Et elle murmure merci, sur son banc, quand elle entend « je vous ai fait beaucoup de mal, je regrette sincèrement et je vous demande pardon du fond du coeur ». Elle murmure merci et ses sanglots disent le reste. Je l'accompagne pendant ces deux jours d'audience. Elle me l'a demandé. Et ça fait partie de mon travail. Je n'ai pas entendu un seul mot de haine à l'égard du vieux bonhomme. Je n'ai pas entendu un seul souhait de durée d'emprisonnement. Je n'ai pas entendu l'attente de la condamnation civile. Ni en euros, ni en francs. Je n'ai entendu que la souffrance, l'attente de la reconnaissance des faits et de la désignation de la culpabilité. Et j'ai entendu ce «merci». A son agresseur. Au moment enfin obtenu de cette reconnaissance. Et ses
larmes. Et son sourire pâle une fois sortie du tribunal.
Pourtant ce soir, le vieux bonhomme passe la deuxième de ses deux mille neuf cent vingt-deux nuits en prison.
Et je ne peux pas m'empêcher de ne pas le lui souhaiter.
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22.10.2005
L'homme est un homme comme les autres...
Repas de midi dans un café branché. Gay-friendly. Tellement Gay friendly, qu'on pourrait même se demander si en fait il est pas café gay, hétéro-friendly. La table d'à côté. Un homme et une femme déjeunent en tête à tête. Je m'assois à leur droite avec une collègue de boulot.
La femme est une jolie jeune femme, brune, mat de peau, très propre sur elle, rien qui dépasse. Vêtements sombres, maquillage adéquat, juste une petite touche de féminité pomponnée, mais pas outrée. Lui, la trentaine un peu passée, chemise blanche dont le col est retenu par un petit pull noir à col rond. Il parle fort. Il a une grosse voix, a l'air de le savoir et d'asseoir ainsi une certaine forme de mâle autorité.
Leur conversation a la tournure d'une conversation d'embauche, ou d'une rencontre pour un stage. Le mâle étant l'embaucheur, la fille, la candidature.
Elle parle de féminisme.
Il s'intéresse.
Mieux. Il *connaît*.
Sa mère était féministe, alors... Tiens, c'est pas dur, un jour, même, elle avait pas fait la vaisselle. Le voilà parti, ce beau trentenaire lustré dans l'affirmation de sa pleine possession économique, intellectuelle, et dont on se doute qu'il aimerait bien continuer son auto-affirmation jusqu'entre les cuisses de la demoiselle, le voilà parti donc dans une looooongue argumentation sur le féminisme et ses bienfaits quant à la place qu'ont les femmes aujourd'hui dans notre société.
Je suis très mauvaise langue.
J'aurai pu me borner à constater qu'au moins il existait dans ce bas monde des hommes de plus en plus sensibles à la question de la place des femmes. De moins en moins toujours à sortir un couteau ou une grosse vanne bien lourde dès qu'ils entendent le mot « féminisme ».
Je suis très mauvaise langue.
Je me suis borner à constater qu'à partir du moment où Monsieur a commencé à parler (très fort) de féminisme, Mademoiselle n'a plus pu en placer une. Monsieur a bien affirmé à coup de "vous vous trompez"; "vous avez tort" et "sortez donc un peu de la fac" tout le bien qu'il pensait des pratiques de Mademoiselle.
Mais enfin bon, sur le fond, il était d'accord.
J'ai pas compris avec quoi, elle avait rien dit.
20:10 Publié dans Ca vous gratouille ou ça vous chatouille? | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


