06.11.2005

Eh didon, eh alors, bon, alors voilà. Bon. Alors oui. Non, attends. Ouais. Eh. Faut que j’te dise...

Il parraitrait qu'à c'qui parraît, y'a des bagnoles qui brûlent en banlieue.

Si.


Eh, ben c’est pas étonnant, j’vais t’dire. Avec l’augmentation du prix du gaz, faut bien qu’ils se chauffent, les pauvres. Eux, quand ils se sont installés, on leur a dit (y’a longtemps, hein, pas ceux qui sont là aujourd’hui et qui courent en survet avec des capuches passque le vent ça fait froid aux oreilles quand on court vite et qu’on n’a pas de cheveux, non, pas eux, leurs
grands parents. Sissi, ceux qu’on avait été cherché quand on avait besoin de main d’œuvre souriante, pas chère et que déjà ils sont bien contents d’être en France, alors ils vont pas en plus nous briser les meules avec une clé de douze si ils sont entassés dans des T2 pour huit ou dans des Sonacos pour un... (je fais des longues parenthèses si je veux, c’est un blog c’est pas un manuel de grammaire) (et je t’emmerde)
(et arrête de m’interrompre sinon, ça va encore faire trois pages et en plus je sais plus où j’en étais)
Bon.
Ah oui.

Alors, quand ils sont venus, donc, on leur avait dit : regarde la belle barre d’immeuble avec tout le confort moderne, tu vas être super bien là dedans, avec ta femme et tes gosses, quand on leur donnera l’autorisation de venir te rejoindre. Oui, bon ben ça va, on a compris, ils sont loin, tout ça, c’est dur la vie tout seul, mais mon pti Momo, il est temps que tu t’assumes, maintenant, grand garçon. Hop. Pas besoin d’une femme à la maison, hein… Et pi quoi l’amour ? dis donc, tu crois que je te paie une piaule dans ce luxueux foyer pour jeunes travailleurs - wc sur le palier - douche sur le palier - cuisine sur le palier, et ce pour la modique somme de la moitié de ton salaire, tout ça pour que tu passes ton temps à baiser, saligaud ? Non mais des fois.
Des bêtes, j’vous dit.


Hum. Reprenons.

Au commencement, donc, était le foyer Sonacotra. Simple et de bon alois. (moi non plus, je comprends pas, mais c’est joli, non ?) Puis vint la barre d’immeuble. Avec son confort et ses recommandations : tu prends le gaz pour te chauffer, s’teuplé, c’est moins cher, et pi j’te rappelle que l’arrivée en lignes hautes tensions pour tout le monde, c’est toi qu’est en train de les poser dans le XVI°, alors le temps que ça arrive à Clichy, j’t’explique, t’as qu’à bosser plus. Hop. Donc, au gaz tout le monde. (... oui... je ne parle QUE du chauffage... étudiant en Histoire à Lyon3, tu peux passer ton chemin, je ne vais pas t'entretenir des bienfaits du Troisième Reich sur le développement des techniques de fabrication de canalisations de gaz étanches... aucun intérêt, donc.)

Tout allait bien jusque là. L’équilibre était respecté, le gaz en banlieue, l’EDF chez les bourges, le travail à Clichy, le pognon à
Paris. Voilà. Seulement, un beau jour de 2005, alors que répétons-le, TOUT ALLAIT POUR LE MIEUX PARTOUT, paf, le choc. LA nouvelle, LE TRAUMATISME : le prix du gaz allait augmenter de plein de pourcents. D'un coup. Aussitôt un vent de panique s’empare du sous-bois : tout le monde sent que la faim est proche : sans gaz, ou avec un gaz trop cher, comment se chauffer, se laver, faire cuire les aliments, comment manger même, (tu vois bien que la faim est proche… bon d’accord, j’insiste pas, mais t’es sûr que l’as bien comprise, celle-là, parce que moi je l’aime vraiment bien, la faim, la fin, tout ça… lourd ? moi ?… bon d’accord.)
De détresse, deux jeunes gens, décidant de tenter le tout pour le tout, se jettent dans un transformateur électrique, espérant par là comprendre son fonctionnement et trouver rapidement une énergie de substitution pour toute la communauté. Hélas, c’est le drame. Peu aguerris au fonctionnement complexe d’un tel trésor de la technologie occidentale, ces enfants (occidentaux que depuis quatre générations,donc), périssent en tentant de raccorder le transformateur à l’installation de chauffage du foyer Sonacotra (oui, ben, fallait bien les reloger le temps qu’on détruise cette affreuse barre d’immeuble qui gâche le paysage des résidences de standing de la colline d’en face. Voudrais t’y voir, toi.)
A partir de ce jour, déçus, peinés, le cœur en lambeaux, et les pieds gelés, les habitants de Clichy-sous-Bois et bientôt d’autres banlieues tentent de se réchauffer comme ils peuvent, et avec ce qu’ils trouvent. Le tout dans une ambiance somme-toute assez bon enfant.

Tout autre tentative d’explication de ces feux ne serait que pure manœuvre politicienne de déstabilisation de la république en général et de son ministre de l’intérieur en particulier. Faites gaffe, j’ai les noms)

Fin de la page d’histoire contemporaine comparée. Merci de votre attention, vous pouvez parler entre vous et vaquer jusqu'à 22heures.
Bonsoir.

22.10.2005

L'homme est un homme comme les autres...

Repas de midi dans un café branché. Gay-friendly. Tellement Gay friendly, qu'on pourrait même se demander si en fait il est pas café gay, hétéro-friendly. La table d'à côté. Un homme et une femme déjeunent en tête à tête. Je m'assois à leur droite avec une collègue de boulot.

La femme est une jolie jeune femme, brune, mat de peau, très propre sur elle, rien qui dépasse. Vêtements sombres, maquillage adéquat, juste une petite touche de féminité pomponnée, mais pas outrée. Lui, la trentaine un peu passée, chemise blanche dont le col est retenu par un petit pull noir à col rond. Il parle fort. Il a une grosse voix, a l'air de le savoir et d'asseoir ainsi une certaine forme de mâle autorité.

Leur conversation a la tournure d'une conversation d'embauche, ou d'une rencontre pour un stage. Le mâle étant l'embaucheur, la fille, la candidature.

Elle parle de féminisme.

Il s'intéresse.

Mieux. Il *connaît*.

Sa mère était féministe, alors... Tiens, c'est pas dur, un jour, même, elle avait pas fait la vaisselle. Le voilà parti, ce beau trentenaire lustré dans l'affirmation de sa pleine possession économique, intellectuelle, et dont on se doute qu'il aimerait bien continuer son auto-affirmation jusqu'entre les cuisses de la demoiselle, le voilà parti donc dans une looooongue argumentation sur le féminisme et ses bienfaits quant à la place qu'ont les femmes aujourd'hui dans notre société.

Je suis très mauvaise langue.

J'aurai pu me borner à constater qu'au moins il existait dans ce bas monde des hommes de plus en plus sensibles à la question de la place des femmes. De moins en moins toujours à sortir un couteau ou une grosse vanne bien lourde dès qu'ils entendent le mot « féminisme ».

Je suis très mauvaise langue.

Je me suis borner à constater qu'à partir du moment où Monsieur a commencé à parler (très fort) de féminisme, Mademoiselle n'a plus pu en placer une. Monsieur a bien affirmé à coup de "vous vous trompez"; "vous avez tort" et "sortez donc un peu de la fac" tout le bien qu'il pensait des pratiques de Mademoiselle.

Mais enfin bon, sur le fond, il était d'accord.


J'ai pas compris avec quoi, elle avait rien dit.